Texts

In Search of the Miraculous : un autre naufrage dans le Grand Salon, Sabine Cazenave, french and english translation, 2016

À la recherche d’un miracle : échos entre histoire et modernité

Comme avant elle, Valérie Favre avec Les Restes de la méduse, en 1997 (1), œuvre directement inspirée de la vision, au Musée de Picardie, de la copie du tableau de Géricault (2), Nathalie Talec propose à son tour une méditation sur la situation de survie sur un radeau…

Nourrie par les histoires sombres de naufrages, de navires disparus (de la Méduse à la Route de l’Écho (3)), de rescapés jetés sur la mer en furie à bord d’embarcations de fortune (faits divers riches de sensations fortes dont sont friands les artistes depuis le XIXe siècle), Nathalie Talec conçoit, dans le Grand Salon, la réification de l’héroïsme de celui qui survit. Il s’agit d’une oeuvre de lumière réalisée tout en néon, présence fantomatique et très forte qui irradie et vient compléter notre collection de peintures d’histoire. Elle enrichit et féconde les relations, fictives ou réelles, entretenues entre Art et Aventure, déjà très présentes dans nos collections.

Les récits fictionnels de Nathalie Talec étonnent par la précision scientifique de leur conception et ce, quelle que soit leur incarnation matérielle : chansons, tableaux, bibelots ou embarcations composées de néon… Autant de jalons d’une histoire à reconstruire. C’est précisément cette facilité à apparaître dans des formes variées qui rend l’art de l’artiste si difficile à saisir. Elle aurait réalisé la fusion entre la tradition et la grande leçon des conceptuels : l’oeuvre étant la résultante d’une idée, elle peut donc être réalisée ou non… ici, elle l’est, et dans une forme qui est précisément au croisement de la grande tradition et de la modernité.

Son oeuvre est reconnaissable entre toutes et ce, quel que soit le médium dont elle choisit de s’emparer ; comme un alchimiste, elle transforme l’eau en neige, le blanc immaculé en porcelaine, le froid en lumière, tour à tour blanche ou bleu d’acier. La grande affaire de sa vie, et donc de son oeuvre, est un conte, une autofiction dont elle est la performeuse, la fée, épopée d’une reine des neiges dont chaque oeuvre constitue une sorte de témoignage, de trace ou d’avatar. Il est certain qu’à la manière des grandes héroïnes romantiques ou des explorateurs fameux (4) qu’elle cite, elle a sa place dans les histoires qui se racontent dans les musées : le Grand Salon et la salle des sculptures du Musée de Picardie sont la suite d’une aventure commencée dans les glaces du Groenland en 1987, hébergée dans les appartements de Napoléon III au Louvre en 2006 et récapitulée dans la très belle
exposition rétrospective et glacée du MAC/VAL en 2008 : une histoire où le froid peut brûler ou consumer lentement.

Sabine Cazenave

Conservateur en chef du patrimoine, en charge des collections modernes et contemporaines. Directeur des musées d’Amiens Métropole.

1. Sylvie Couderc (1958-2008), en charge des oeuvres modernes et contemporaines au Musée de Picardie de 1995 à 2008, avait invité Valérie Favre à produire Les Restes de la méduse, dans le Grand Salon du Musée de Picardie en 1997.
2. Le 2 juillet 1816, naufrage de la frégate Méduse, qui s’échoue sur un banc de sable au large des côtes de l’actuelle Mauritanie. Au moins 147 personnes se maintiennent à la surface de l’eau sur un radeau de fortune. Seuls quinze d’entre eux survivent et embarquent, le 17 juillet, à bord d’un bateau venu les secourir. Ce fait divers inspira à Géricault son chef-d’oeuvre, Le radeau de la Méduse, 1818-1819, dont le Musée de Picardie possède une copie.
3. L’Écho, corvette de la marine royale partie coloniser le Sénégal avant son échouement dramatique.
4. Nathalie Talec cite souvent Knud Johan Victor Rasmussen (Groenland, 1879 − Copenhague, 1933), explorateur et anthropologue danois, premier Européen à traverser le passage du Nord-Ouest à l’aide d’un traîneau attelé à des chiens, et Paul Émile Victor (Genève, 1907 − Bora-Bora, Polynésie française, 1995), explorateur, ethnologue et savant.

ENGLISH VERSION

In Search of a Miracle: Echoes Between History and Modernity

Nathalie Talec proposes a contemplation on the survival situation on a raft, as Valérie Favre did before her with Les Restes de la Méduse in 1997 (1) directly inspired by the vision of the copy of Géricault’s painting (2) at the Picardy Museum. Nourished by dark stories of shipwrecks, disappeared ships from the Medusa to the Route de l’Echo (3) and survivors thrown at the furious sea on makeshift boats—anecdotes full of strong sensations of which artists have been fond of since the nineteenth century—Nathalie Talec conceives the objectification of the survivor’s heroism in the Grand Salon. It is an art work of light, made of neon. Its ghostly and very strong presence radiates and completes our collection of history paintings. It enriches and fecundates relationships, fictive or real, between Art and Adventure, already present in our collection.
Nathalie Talec’s fictional stories amaze by their scientific accuracy and their conception, regardless of their material incarnation: songs, paintings, ornaments, or neon vessels… So many milestones of a story to rebuild. It is precisely this ease of appearing in various forms that makes the artist’s work so difficult to capture. She may have achieved the fusion between tradition and the conceptual artists’ great lesson: [that] resulting from an idea, art work can be carried out or not… here, it is, and in a form that is precisely at the crossroads of great tradition and modernity. Her work of art is immediately recognisable, irrespective of the medium she decides to take on. Like an alchemist, she transforms water into snow, immaculate white into porcelain, cold into white or steel blue light.

The major issue of her life, and thus of her work, is a tale, an auto fiction of which she is the performer, the fairy, a saga of a snow queen, whose every work constitutes a sort of testimonial, of a trace or an avatar. Without a doubt, as in the manner of the great romantic heroes or famous explorers (4) she quotes, she has her place in the stories museums relate. The Grand Salon and the sculpture room of the Picardy Museum are the continuation of an adventure that started in Greenland in 1987; then was hosted in Napoléon the III’s apartments at the Louvre in 2006; and later summarized in the beautiful retrospective and icy exhibition at the MAC/VAL in 2008: a story where cold can burn or slowly consume.

Sabine Cazenave

Heritage curator in chief, in charge of modern and contemporary collections and director of the museums of Amiens Metropole.

1. Sylvie Couderc (1958-2008), in charge of modern and contemporary art works at the Picardy Museum from 1995 to 2008, invited Valérie Favre to produce Les Restes de la Méduse (the Remains of the Medusa) in the Grand Salon of the Picardy Museum in 1997.
2. On July 2nd, 1816, the Medusa frigate ran aground on a beach off the coast of current Mauritania. At least 147 people floated in the ocean on an improvised raft. Only fifteen of them survived and boarded a boat that came to save them on July 17th. Géricault’s masterpiece Le radeau de la méduse, 1818-1819, of which the Picardy Museum owns a copy, was inspired by this anecdote.
3. The Echo, one of the Royal Marine’s corvettes, departed to colonize Senegal before its dramatic running aground.
4. Nathalie Talec often quotes Knud Johan Victor Rasmussen (Greenland 1879–Copenhagen 1933), Danish explorer and anthropologist, the first European to cross the Northwest Passage with a dogsled, and Paul Emile Victor (1907 in Geneva–1995 in Bora-Bora, French Polynesia), explorer, ethnologist and scholar.